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Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, parlons d'un livre ou plutôt d'une BD, qui ne m'a pas emballée.

J'ai remarqué que la collection Ecritures chez Casterman recèlait beaucoup de bonnes BD, et donc, hier, je me suis tout naturellement décidée à prendre celle-ci . La citation mise en lumière sur la quatrième : "Le truc que tu vis une seule fois dans ta vie: ta première histoire d'amour. C'est sacré! ça emmerde tous les autres. C'est l'amour. Et un premier amour, c'est beau. "

En quelques mots, de quoi ça parle?

Albert, un homme dans la force de l’âge, prend la route en Allemagne, direction Lyon. Il vient de laisser avec pertes et fracas une certaine Yolaine; on n'en sait pas plus mais on comprend qu'il est bouleversé. Il prend en stop un jeune homme Al, à qui il va raconter sa vie, et plus particulièrement ses rencontres avec les femmes. Al disparaît parfois, si bien que le lecteur en vient à s'interroger: existe t-il réellement ou n'est-il qu'une projection de l'esprit d'Albert -qui prend des petites pilules ?(et ça, c'est pas bien, faut arrêter de manger des médicaments, après ça fait ressortir les délires machistes, c'est pas joli joli. )

Bon, ça me démange alors j'y viens.

Pourquoi ça m'a hérissée et vraiment déplu?

La succession des rencontres est davantage présentée comme un catalogue de femmes. D'ailleurs, pour avoir une chance de s'en rappeler, notre personnage a eu dès son plus jeune âge une "méthode": l'alphabet. Ben oui. Dans l'ordre, il a essayé de faire en sorte que les prénoms de ses conquêtes suivent l'alphabet. Par exemple, s'il a eu une Bérénice, la prochaine fois, faudra trouver une Carine.

Alors oui, le récit est ponctué d'anecdotes érotiques, et on voit beaucoup de femmes nues. Le dessin n'est pas si mal, je ne vais pas être de mauvaise foi non plus.

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Mais alors, je vous jure, au -delà du machisme du personnage (et déjà, bon, ça l'avantage pas j'vous avouerais), il est vraiment antipathique. Il a beau avoir des regrets, se sentir seul et être malheureux, je n'ai pas ressenti plus d'empathie pour autant. L'idée du road movie retraçant un itinéraire amoureux initiatique n'était pourtant pas un mauvais départ.

Le moment où il m'a paru le plus humain, c'est lors de sa rencontre avec une prostitutée, Zora, à laquelle il va s'attacher. Il la rencontre un dimanche dans un bar, et le dimanche c'est son jour de relâche, alors non, elle ne couchera pas avec lui, elle est très claire là-dessus. En revanche, ils parlent beaucoup. Albert va accorder de l'importance à cette rencontre, allant jusqu'à en parler à sa psy lorsqu'elle lui demande quand est-ce qu'il est tombé amoureux pour la dernière fois... Et puis, il va la rencontrer à nouveau, cette Zora... Ce sont parmi les rares passages qui ont trouvé grâce à mes yeux; peut-être parce que le personnage se montre plus humain, un peu moins réactionnaire (ou que tout du moins, Zora ne le laisse pas mettre en place sa mécanique habituelle.)

Une petite citation de Zora, justement :

"Moi avant, j'avais l'impression de faire un peu de psychologie avec mes clients. Ils me racontaient leurs petits malheurs. Leurs petits bonheurs. Mais depuis que toutes ces filles... Les Russes, les Roumaines, les Camerounaises piquent les clients... Moi je suis obligée de baisser les prix. Et puis je bâcle le métier. C'est jamais un rêve de petite fille d'être pute. Mais quand même, j'y mettais du coeur. Maintenant, c'est clair, je vais direct sous la ceinture... Je fais seulement la pute, quoi."

Bon, comme je suis vraiment pas rancunière curieuse, je vais quand même lire Droit du sol, de Masson aussi, dans la même collection. ça devrait être un peu plus intéressant.