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Jeune et Jolie, un film de François Ozon

 

Présenté comme le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons, Jeune et Jolie montre l’itinéraire d’une adolescente de bonne famille qui décide de se prostituer.

Pas par besoin d’argent, assurément. Mais quelle sorte de plaisir y trouve-t-elle ?

Le réalisateur assure n’avoir « pas fait ce film pour choquer ». Si ce n’était dans ce but, peut-être était-ce pour faire réfléchir.

A en juger par les réactions que j’avais pu entendre dans la salle de cinéma à l’issue de la projection, par celles des gens avec qui j’ai parlé du film, la démarche du réalisateur a bien un sens. Ce film donne l’occasion de se poser pas mal de questions et de remettre en cause certaines pseudo « certitudes. »

J’ai pu entendre, notamment, que le personnage de Léa trouvait du plaisir « physique » à se prostituer, et que c’était choquant. Idée qui n’est bien sûr pas totalement ignorée par le réalisateur puisque Charlotte Rampling évoque dans une scène de la fin cette idée que se prostituer peut être un fantasme, pour certaines personnes.

Pour ce que j’en ai vu, moi, dans « Jeune et jolie » ce n’est pas spécialement de la relation sexuelle que Léa tire du plaisir.

Elle le dit d’ailleurs, dans la scène du commissariat « ce que j’aimais c’était prendre rendez-vous… discuter sur internet, parler au téléphone, écouter les voix… et puis y aller, découvrir l’hôtel… c’était un jeu… »

Exaltation ? Jouissance de la transgression ? Plaisir de s’inventer une « vie d’adulte », ou quelque chose y ressemblant ? Plaisir du « jeu », aussi –même et surtout s’il s’agit d’un jeu dangereux. Ozon a affirmé qu’il aurait pu choisir de montrer autre chose que la prostitution, mais qu’il s’agissait davantage de montrer ce côté « extrême »de l'adolescence et cette quête du paroxysme et de l’absolu qui en est le corrollaire.

Ce qui a pu déranger, je pense, certains spectateurs, c’est que le réalisateur ne semble pas réellement prendre parti, comme s’il cautionnait, en un sens, le fait que certaines personnes puissent aimer se prostituer (prenons des précautions avec ce postulat … la situation de Léa dans le film n’étant pas celle d’une femme qui se prostituerait par nécessité), qu’elles puissent le vivre bien, ne pas en être spécialement affectées tant que le regard des autres ne vient pas les condamner et les rabaisser au dernier degré.

Intéressant, d’ailleurs, tout de même, ce choix de nous montrer une Marina Vatch qui semble parfaitement sereine –tant que personne de son entourage n’est au courant-, ou qui ne souffre en tout cas aucunement d’un défaut d’estime d’elle-même…. Bien au contraire, elle est confortée, rassurée sur son pouvoir de séduction et lorsqu’elle constate qu’une amie, mariée, de ses parents n’a plus « confiance »  depuis qu’elle sait que Léa s’est prostituée, cela semble l’amuser …

Revanche sur le monde des adultes ? Jubilation de constater que ce « monde parfait » qu’ils semblent lui opposer ne l’est pas tant que ça ?

Cette hypothèse est corroborée par le fait que Léa renvoie la mère (qui estime que Léa s’est avilie) à sa propre attitude (la mère étant infidèle avec son conjoint). Se prostituer est vu comme l’acte immoral suprême par cette mère bon chic bon genre, mais à partir de quand peut-on estimer être soi-même assez « moral » pour juger de la moralité des actes d’autrui ? Qu’est-ce que la moralité, finalement ? Pour qui est-on « moral » ? Pour soi-même ? pour les autres –et pour pouvoir continuer à lire dans leur regard une image acceptable de nous-mêmes ? Etre moral, est-ce être conforme à ce qu’on attend de nous socialement ?

En tout cas, à titre personnel, je l’ai trouvée fascinante, cette Marina Vatch. J’ai aimé justement son côté mystérieux et insondable (qu’on lui a reproché, qui a pu être assimilé à de l’apathie d’après ce que j’ai entendu).  Ses paradoxes aussi : pleine de mélancolie, elle semble aussi incarner une forme de détachement désabusé à certains moments. Sa beauté, toute en variations. (et qui n’est pas, en effet, étalage d’émotions, mais justement, c’est intéressant, aussi.)

L’une de mes connaissances a reproché à ce film de montrer « une sexualité froide, presque chirurgicale », d’être presque « puritain ».

Pour moi, ce qui fait de ce film le contraire d’un film puritain, c’est qu’il pose des questions qui restent ouvertes. Il laisse le spectateur dans l’écheveau de ses questionnements, et c’est peut-être bien ce qui fait sa force.

Ce billet a été rédigé en écho à celui de Mathylde, qui a intitulé le sien, de façon fort à propos "On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans"

Je vous invite à aller le lire par ici