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Le nouveau roman de Pia Petersen se déroule à Los Angeles, et s’ouvre sur une scène ayant lieu lors de l’élection du Père Noël officiel par la société Walt Disney.

L’un des candidats affirme mordicus que son nom est Dieu. Qu’il est Dieu.

Le phénomène va énormément intéresser un certain Jansen, qui dirige une « Eglise », organisation sectaire au plus haut point, qui « prend en charge » des personnes qui vont mal en leur proposant des soi-disant « traitements » …

Morgane, journaliste présente à la base pour écrire le portrait de Jansen, va faire connaissance avec celui qui se revendique comme Dieu. Il ressemble plus à un clochard qu’autre chose, ne sait pas très bien où dormir et elle va sur un coup de tête lui proposer de l’héberger, de l’aider. Puis, elle va accepter d’écrire sa biographie.

Sans qu’elle se l’explique très bien, elle se prend d’affection pour cet homme étrange qui répond une fois sur deux aux questions qu’on lui pose. Morgane, athée convaincue, ne peut s’empêcher d’être perturbée par les phénomènes pour le moins insolites qui se produisent lorsque « Dieu » ressent une émotion forte.

Et il se met en colère assez souvent. Ça l’énerve que les hommes ne l’aiment pas. Ça l’énerve qu’on ait véhiculé une image de lui complètement abstraite, une « triste métaphore », et il proteste contre ces représentations erronées :

Dieu est exaspéré et solennel.

Si Dieu est tout, omnipotent, omniprésent, alors Dieu est féminin, masculin, il est tout, hétérosexuel, bisexuel, homosexuel, je suis homme, femme, enfant, vieillard, animal, plante, je suis animiste, bouddhiste et plus encore. Tu me veux en chat, je serai un chat. Ou une table, pourquoi pas.

Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les hommes insistent pour faire de moi un être asexué, qui règne par la distance, qui vit dans le néant et qui est responsable de tout. Quelle métaphore triste...

Le sujet était périlleux ; Pia Petersen ne s’en sort pas mal. Les altercations de Dieu avec des humains, qu’il s’agisse de flics, de vendeurs, son inadéquation au monde actuel, sa libido en bonne forme (et qui ne le porte pas uniquement vers les femmes ^^), son côté narcissique… tout ça fait de lui quelqu’un de très humain en somme.

Le roman est assez plaisant et se lit facilement, car Pia Petersen jongle assez bien entre des interrogations sérieuses (qui sont l’occasion de lancer des coups de griffe acérés contre les interprétations qu’ont fait les religions des textes sacrés, contre la vision qu’elles véhiculent de la sexualité, de la femme aussi …) et des passages assez drôles.

"Elle n'est pas très stricte sur le sujet mais elle pense que c'est extrêmement imprudent que quelqu'un comme Dieu prenne des anti dépresseurs."

Néanmoins, je n’ai pas été parfaitement convaincue par ce roman. La fin m’a drôlement laissée sur ma faim, déjà. Et puis, même si c’est une lecture agréable, même si j’aime assez le style de l’écrivain, il a manqué un petit quelque chose pour que ce soit un vrai coup de cœur. Cela laisse un goût d’inachevé. Mais après tout, c’est peut-être le but, puisque ce roman distille et ravive des interrogations auxquelles il se garderait bien de répondre.

Des interrogations qui concernent aussi, d’ailleurs, la responsabilité de l’écrivain. Va-t-il créer, lui aussi, à son insu, de nouveaux mythes ?

« Dieu est virtuel, un potentiel, un possible. Elle-même ne serait qu’un personnage de roman, tout comme Dieu, le monde, les autres. Tout dépend de l’humeur d’un écrivain, l’a-t-il à la bonne, ou pas ? En ce moment, peut-être veut-il se défaire de Dieu mais il lui manque une bonne transition. En tant que personnage de roman peut-elle influer sur son destin, orienter le point de vue de l’écrivain ? Peut-elle sauver Dieu ? En écrivant l’histoire de Dieu, elle écrit elle aussi un mythe fondateur, un nouveau mythe mais si elle met en mots une nouvelle version, sera-t-elle sacrée ? »

 

Merci aux éditions Plon pour cette lecture.

 

Mon nom est Dieu, de Pia Petersen, paru aux éditions Plon, en vente au prix de 18 €